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L'Histoire
de la Broderie
Les broderies
les plus anciennes ont été retrouvées dans des
tombeaux égyptiens ainsi que dans les tombes des oasis de la
route de la soie, comme celles de l'oasis de Toufan ramenées
par l'explorateur Yves Lecoq. Ces toiles de soie noire ou bleue foncée
sont brodées de motifs géométriques.
Cet art
sera pratiqué en Grèce et en Italie avant d'arriver dans
les pays comme l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark,
la Suède.
La broderie, relativement simple à ses débuts, atteindra
un éclat digne des plus grands arts.
Pour sa brillance, sa solidité, sa souplesse et l'éclat
de ces coloris, la soie fut très tôt utilisée pour
enrichir les tissus.
Au Japon,
à l'époque Nara, la broderie occupa une place privilégiée.
En plus des vêtements, elle rehaussa de nombreux accessoires comme
les ceintures et les chaussures. Elle y eut son apogée au XVIII
ème siècle, comme en Occident. Les kimonos se parèrent
alors de nombreuses broderies d'une virtuosité éblouissante.
La Chine
a une très ancienne tradition en broderie. De nombreux vêtements
provinciaux en témoignent comme, dans la région de Dali
au Nord du Yunnan où les costumes de fêtes sont brodés
de fils d'argent et de soies multicolores (les porte-bébés
et les tabliers en sont les pièces les plus remarquables). A
Suzhou, il y a encore de nos jours, un institut célèbre
de broderies, broderies " double face ". Chaque panneau est
rigoureusement identique des deux côtés. Ces ouvrages sont
réalisés sur un tissu de soie très fin avec des
points minuscules.
En Corée,
les origines de la broderie remontent aux débuts du Bouddhisme
et des Trois Royaumes. Elle a atteint sa maturité aux XVIII ème
et XIX ème siècles. Les plus fameuses sont les broderies
de la dynastie Joseon. Sous cette dynastie la position des personnes
royales ainsi que des officiels s'exprimaient par des pièces
de poitrine sur les vêtements : la girafe pour les princes de
la couronne, le lion pour les gouverneurs, le paon pour un civil officiel
de première classe, tigres et léopards pour les militaires
Aux
Philippines, Antonio Pigafetta, chroniqueur du voyage de Magellan fait
état de broderies de soie à l'aiguille sur des bandeaux
de tête ou des pagnes. L'apport de la culture hispanique donnera
les magnifiques châles brodés appelés Mantones.
En Inde,
la broderie est limitée à Dacca et Calcutta, au Bengale
et à Lucknow dans le Uttar Pradesh. Elle est réalisée
par des italiens devenus musulmans, c'est la broderie blanche ou Chikan.
Les motifs à fleurs sont brodés sur une fine mousseline.
Les plus belles sont exécutées avec des fils de soie sauvage
muga.
En Perse, à l'époque Safavide, les broderies s'apparentent
aux motifs en panneaux géométriques dans le style des
tapis caucasiens. Elles sont nommées caucasiennes, Azerbaïdjanaises
ou Persanes du nord-ouest. Les broderies de la fin du XVII ème
siècle, début du XVIII ème siècle, se divisent
en trois catégories : celles qui sont exécutées
au point de croix, celles au point de reprise et celles au point de
reprise en diagonale à fils tirés. Un autre style de broderie
fut créé sous le règne du dernier souverain de
la dynastie Safavide Hsayn Shah. Elles représentent des bandes
fleuries diagonales brodées avec des fils de soie de couleur
assez épais et peu tordus.
A l'age du
fer Hallstatt, Marseille fut le berceau de la broderie celte comme en
témoignent les tumulus situés à Hachmichele et
qui ont permis de constater que l'on utilisait de la soie chinoise pour
broder.
Aux XII ème, XIII ème et XIV ème siècles,
la broderie est recherchée par les personnages les plus puissants
d'Europe, tout particulièrement celle d'Angleterre appelée
Opus Anglicanum. Parmi les joyaux de cette broderie faite avec des fils
d'or, d'argent et de soie, il faut citer : la couverture du livre d'Heures
d'Isabeau de Bavière, véritable monument de l'art de broder
à cette époque, les chapes de la Passion de la Vierge
(cathédrale Saint-Bernard de Comminges), l'Arbre de Jessé
(Musée des Tissus de Lyon), les chapes de Montieramey et de Saint
Maximin, la présentation de Jésus au Temple (Musée
de Cluny) et bien sûr l'importante collection du Victoria et Albert
Museum de Londres qui compte de nombreuses chapes, chasubles, manipules
des trésors des cathédrales d'Allemagne, d'Italie,
d'Espagne et du Vatican
Les
brodeurs de Paris sont aussi bien connus. En 1292, un premier texte
réglementa leurs activités. Il y avait alors dans la capitale
deux cents brodeurs, hommes et femmes en nombre à peu près
égal. Il y en aura deux cent soixante en 1316 quand paraîtront
les nouveaux statuts de la profession. Dans les fabrications des brodeurs
parisiens, essentiellement consacrées au palais et aux costumes
civils, citons celle réalisée par le brodeur Gautier de
Poullegni en 1316 à l'occasion du couronnement de la reine Jeanne
de Bourgogne : une chambre ornée de mille trois cent soixante
et un perroquets aux ailes blasonnées des armes de France, de
six cent soixante et un papillons portant sur leurs ailes les armes
de Bourgogne et plus de sept cents trèfles brodés sur
toile de lin en fils d'argent, d'or et de soie. François Michel
dit : " Broder fut même, jusqu'à la fin du XVI ème
siècle, une branche sérieuse, estimable de la peinture
; l'aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et
laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant
une peinture d'un ton soyeux et d'une touche ingénieuse, tableau
brillant sans reflet, éclatant sans dureté ". Il
était de tradition dans certaines maisons princières comme
la première Maison d'Orléans de protéger la profession
de brodeurs. Lors de son accession à la couronne, Louis d'Orléans,
Louis XII, favorisa par ses commandes les brodeurs de sa bonne ville
de Blois comme son épouse Anne, Duchesse de Bretagne favorisa
les brodeurs bigoudens. Parmi ceux ci Girard Odin, Esterlin de Dru,
Jean Gallant, Guillaume Martin ou la dynastie des Galles. Les dames
de la plus haute noblesse brodaient suivant en cela l'usage de la plus
lointaine antiquité. Ainsi la reine Catherine de Médicis,
épouse de Henri II roi de France, passait " fors son temps,
les après dînées à besogner après
ses ouvrages de soye où elle était tant parfaite qu'il
était possible ".
Au XVIII ème siècle, la broderie se généralisa
sur les vêtements et devint surtout l'apanage de l'ameublement
: panneaux muraux, majestueux baldaquins, couvertures de lit avec des
broderies en chenille de soie, paravents somptueux
La broderie établie à Lyon sera une branche estimable
de l'industrie de la soie. Les broderies de Milan et de Venise étaient
alors de grande renommée mais excessivement onéreuses.
Vers 1778-1780, la broderie devint si importante et célèbre
dans le monde entier, tant pour les vêtements d'hommes et de femmes,
les bas de soie, les ornements d'église et les étoffes
d'ameublement que sur les 20000 personnes que Lyon faisait vivre, il
y avait plus de 6000 brodeurs. Les fabricants de Lyon marièrent
les chefs-d'uvre de la navette à ceux de l'aiguille.
Pour la composition des broderies on avait recours aux plus célèbres
dessinateurs : parmi eux, Philippe de Lasalle qui réalisa, entre
autres, cette tenture brodée au point de chaînette sur
satin blanc pour le Trianon à Versailles ; Bony, dont le chef-d'uvre
est la tenture entièrement brodée sur fond de satin de
soie de couleur en or et en chenille pour le petit salon de l'impératrice
Marie-Louise à Versailles, malheureusement elle ne fût
jamais mise en place et se trouve au Mobilier National.
La chute de la monarchie, le désastre du Second Empire feront
disparaître du costume des fonctionnaires les broderies. Actuellement
seules les Académies et particulièrement l'Académie
Française, conservent un costume brodé en soie baptisé
l'habit vert en raison de ses broderies de feuilles vertes. La désuétude
aux XX ème siècle des cérémonials, des cultes
fait que les ornements s'appauvrissent pour devenir quasi inexistants.
L'église dont le rôle fut essentiel dans certains domaines
artistiques (orfèvrerie, broderie
) durant des siècles
a rejeté toute cette tradition, qui assurait à de nombreuses
ouvrières et ouvriers un juste salaire et enrichissait d'uvres
le patrimoine national. Au nom de l'uniformisation, il est triste de
constater que l'on condamne une profession à une quasi-confidentialité.
Les Suisses
mécaniseront la broderie avec le métier de Saint-Gall,
au XIX ème siècle. Dans la broderie mécanique,
il est généralement employé la rayonne (viscose),
souvent appelée soie artificielle malgré l'interdiction
de la loi. Il est frustrant de nos jours de voir souvent des modèles
de Haute Couture curieusement brodés avec cette matière
et laissant croire à de la soie naturelle Cependant notons qu'en
Afrique le fil de soie naturelle est utilisé pour la broderie
à la machine sur les boubous, particulièrement en Mauritanie.
La broderie
avec ou sans fil d'or et d'argent, a joué un rôle très
important dans tout le bassin méditerranéen et plus particulièrement
dans l'Empire Turc.
Les couvertures de cénotaphes, les mouchoirs, les bandeaux, les
écharpes, les voiles, les tapis de prières, les vêtements
du XVI ème au XIX ème siècle exposés au
musée Topkapi Sarayi d'Istanbul constituent une des plus formidables
collections mondiales du genre. Son importance est liée aux traditions
et aux goûts raffinés des Turcs. Il semble que la broderie
fut aussi à la mode aux XIV ème et XV ème siècles
à la cour des Mamelouks. La plus ancienne mention de broderies
au palais se trouve dans le registre du trésor du Sultan Bâyazit
de 1504, où parmi les objets cités figurent des coussins
et des traversins brodés de fils de métal ou de soie de
couleur.
Les brodeurs employés au palais pouvaient être originaires
d'autres contrées (Tabriz, Bosnie, Hongrie, Géorgie) comme
le mentionne un registre de 1526. Ces brodeurs avaient une remarquable
dextérité. Les broderies d'or étaient exclusivement
l'uvre des hommes comme à Byzance. Les broderies en soie
étaient exécutées sur commande par des femmes,
soit au harem, soit hors du palais. La réputation des broderies
turques s'étendit à toute l'Europe, le sultan offrant
aux ambassadeurs ou adressant par ses ambassadeurs aux souverains des
tissus brodés (carquois, tapis, selles
).
Au XVIII ème siècle, les nobles de Hongrie et de Transylvanie
achetaient à Istanbul différents textiles et broderies.
Une des plus remarquables pièces de cette époque est un
cadeau adressé à Alphonse de Suède : " un
tapis de selle de velours cramoisi brodé de fil d'or avec un
motif de feuillages stylisés et de grenades renfermant des petits
bouquets ". Lorsque les missions diplomatiques s'établirent
au XVIII ème siècle à Istanbul, l'influence européenne
imprégna les broderies ottomanes. Comme en Occident, les travaux
d'aiguilles (sûzemi en persan) furent très appréciés
et ornèrent à profusion aussi bien les vêtements
que l'ameublement. Cette mode se prolongera pendant tout l'Empire Ottoman
avec un luxe infini (broderies de perles et de diamants).
Les tissus brodés étaient faits en divers lieux, au Palais,
en ville, à Istanbul, Edirne, Bursa ainsi que dans d'autres centres
réputés comme Aydin, Bandirma, Karaman, Rhodes, Salonique
ou en Thrace et en Crète.
Beaucoup
d'autres pays eurent des brodeurs remarquables sur le pourtour de méditerranée
: à Bône en Algérie, Fès, Mekhnès,
Rabat, Salé, Tétouan, Checaouen et Azemour au Maroc. Les
broderies marocaines sont d'origine hispano-mauresque. Celles de Tétouan
en sont les meilleurs exemples. Cette origine s'explique par le fait
qu'à sa destruction en 1401 par le roi de Castille Henri III,
ses habitants furent exilés en Espagne. Après la chute
de Grenade en 1492, les réfugiés de Cadiz, Baeza, Almeria
dont les tissages étaient célèbres, se réinstallèrent
à Tétouan, enmenant avec eux la tradition des broderies
hispano-mauresques aux origines coptes et orientales. A Tétouan,
il faut adjoindre Fès et Salé. Fès, capitale intellectuelle
et raffinée produisit des broderies en soie monochromes sur des
tissus fins exécutées à points comptés sur
métier. Ces broderies ont une grande similitude, et pour cause,
avec celles d'Andalousie. Quant à Salé, elle offre des
broderies raffinées. Ce sont des ouvrages à fils comptés,
sans envers monochrome ou à deux ou trois tons.
La broderie
de soie est née à Alger durant les trois siècles
de domination ottomane (du XVI ème au XIX ème siècle).
D'une surprenante beauté, ces broderies s'exécutent d'après
un tracé et à fils comtés sur des métiers
à bras. Les décors sont pour la plupart floraux à
dominante violette, soit rouge et bleu sur fond d'étamine de
lin de couleur bistre. Elles sont destinées au costume ou à
la décoration intérieure et furent longtemps l'apanage
des femmes de la haute société. Le plus bel exemple de
broderie d'Alger conservé en France est le voile de la Vierge
de la cathédrale de Chartres appelée : Notre-Dame du Pilier.
La broderie
en Russie ne peut être évoquée sans parler des magnifiques
et somptueuses icônes brodées. C'est au XV ème siècle
que débuta l'activité des Stroganov, manufacturiers et
hommes d'affaires dont l'apogée aura lieu au XVII ème
siècle et dont l'importance culturelle s'étendra sur plusieurs
siècles (jusqu'en 1923).
A la fin du XVI ème siècle, naît l'atelier de broderies
de Sol'vytchegodsk, berceau de la famille. Avant sa création,
les broderies étaient réalisées dans les ateliers
du Tsar et de la princesse Eusophine Staritski.
L'Atelier
des Stroganov était placé sous la direction des femmes
de la maison comme le voulait l'ordre social en Russie. Ces femmes étaient
l'honneur de la famille et de leur pays. Elles ont pour nom : Euphraxie
Feorovna, Eudoxie Nesterovna, Anne Ivanovna Zlobine.
Dés leur création, les ateliers porteront l'art de la
broderie à un très haut niveau de beauté. Certaines
pièces comme un epitaphios d'un mètre sur deux représentait
trois années de travail. Cette broderie était l'art d'une
élite et un acte personnel (choix des couleurs, expression du
motif). Un acte de foi conçu et réalisé dans un
but bien déterminé. Leur intérêt historique
et artistique est essentiel. L'apogée de la broderie stroganovienne
eut lieu dans la seconde moitié du XVII ème siècle.
Toutes ces broderies essentiellement religieuses étaient effectuées
sur des tissus de soie avec des fils de soie plats et retordus ainsi
qu'avec des fils d'or.
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